Comment redonner du sens au travail ?

Portrait de Cindy Feix
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Comment redonner du sens au travail ?

Dans un précédent article j’évoquais la métamorphose du travail, la quête de sens profondément ancrée dans le salarié et la souffrance qu’il peut endurer lorsqu’il fait un travail qu’il considère inutile. Cette publication est l’occasion d’évoquer les nouveaux espaces de collaboration desquels on pourrait tirer des enseignements pour faire évoluer le monde du travail. 

Qu’est ce qui donne du sens au travail ?

Différents chercheurs (sociologues, psychiatres, neurologues, psychanalystes) se sont penchés sur la question depuis la seconde moitié du XX° siècle. Si certains font une distinction entre le sens du travail et le sens au travail, si d’autres mettent en avant l’influence des normes sociales ou du sexe du salarié, d’une manière générale, on peut considérer qu’« un travail a du sens lorsque le sujet perçoit son travail comme ayant un but, un dessein et de la valeur, de l’importance ».

Par conséquent, le sens du travail repose sur différents facteurs. Estelle Morin en identifie six: l’utilité sociale du travail, la rectitude morale du travail, l’autonomie, les occasions d’apprentissage et de développement, la qualité des relations et la reconnaissance. 
 
Du bureau au tiers-lieu

Un tiers-lieu désigne un espace physique de rencontres, d’échanges, voire de travail collaboratif. On s’y sent à l’aise et on y travaille, en autonomie ou à plusieurs sur des projets divers (informatique, start-up, nouvelles machines, design…). 

Le phénomène des espaces de coworking semble prendre de l’ampleur. Selon une étude menée en 2014, la France compte 250 espaces de coworking, où travaillent 10 000 coworkers qui peuvent être soit des salariés (52%) soit des travailleurs indépendants (48%) et pour la plupart, ils travaillent ensemble (88%). Ces « espaces » sont dévolus au travail mais aussi à la socialisation : logiquement, en rapprochant des personnes dotées de compétences apparentées ou complémentaires, qui partagent une même vision des choses, des synergies naissent. 

Les « FabLabs » (littéralement « laboratoires de fabrication ») nés aux Etats-Unis en 2001 de l’imagination d’un professeur du MIT, ont essaimés dans le monde (3 000 environ) et en France (200 sites depuis 2009). 

Selon Neil Gershenfeld, l’inventeur du concept : « Les fablabs transforment les consommateurs en producteurs et peuvent être à l’origine d’un bouleversement des mentalités très profond qui impactera tous les secteurs. (…) Et n’oublions pas la dimension sociale, présente par exemple dans la « fab-cité » que promeut la ville de Barcelone en ouvrant des ateliers dans tous les quartiers pour accompagner les citoyens vers la programmation, le codage et la fabrication, avec l’objectif de consommer ce qu’ils produisent localement ».  

L’émulation et la créativité que génèrent les FabLabs n’ont pas échappé aux industriels qui commencent à créer leurs propres espaces : Alcatel-Lucent, Renault, Air Liquide, Dassault Systèmes, Bouygues ou Airbus. Ce dernier à ouvert à Toulouse en octobre 2013, le ProtoSpace pour promouvoir les « méthodes agiles » d’innovation.

Qu’y a-t-il de si spécial dans ces « labos » ? « Nombre d’ateliers sont à la fois des lieux de bricolage, d’éducation et de business » résume Antony Auffret, coordinateur des Fabriques du Ponant à Brest. En somme, ce sont des espaces de liberté, où chacun devient artisan (il crée et fabrique quelque chose de A à Z) et peut expérimenter, oser tester une idée, s’enrichir des expériences et des compétences des autres et partager les siennes. 

On peut également voir émerger d’autres espaces collaboratifs ou solidaires comme des garages et ateliers pour réparer son vélo ou sa voiture soi-même tout en étant accompagné par des gens du métier ou des passionnés de la mécanique. Le « faire soi-même » (do il yourself) devient une nécessité face aux difficultés financières et aux coûts de réparation, mais c’est aussi un moyen de lutter contre le gaspillage, un engagement écologique pour une économie plus responsable. Les « Répair Café » (le premier est né à Amsterdam) réunissent bricoleurs et personnes souhaitant faire réparer un appareil électroménager ou un meuble mais ces lieux contribuent aussi à recréer du lien social comme l’indique l’appellation conviviale de « café ». 

« Je suis vraiment ravie de faire partie de cette aventure humaine, positive, et utile pour les gens. » Marie-Christine, couturière bénévole dans un Répair Café du Mans. 

Mais s’inspirer des tiers-lieux ne fait pas tout…

Le sens du travail est un sujet qui porte en lui des enjeux forts car les études montrent que faire un travail qui a du sens permet de mieux supporter le stress, renforce la motivation, l’engagement et la fidélité des salariés. Mais le sujet ne peut pas être traité de manière isolée car, compte tenu des divers piliers qui le soutiennent, on doit s’interroger sur la structure, l’organisation de l’entreprise et la GRH. 

Il est encore trop tôt pour faire le bilan des initiatives menées par les groupes industriels et appréhender l’importance et l’impact des innovations qui seront développées dans ces FabLabs, mais nul doute que d’autres entreprises sauront s’approprier le concept pour injecter dans leurs organisations un peu de l’« esprit » si particulier qui règne dans ces tiers-lieux.

A propos de l'auteur
Les expériences professionnelles de Cindy Feix dans différents secteurs d’activité l’ont poussée à s’intéresser à la GRH, au management et à l’organisation des entreprises. Depuis novembre 2014, elle tient un blog intitulé « Travail et qualité de vie » et coanime un Groupe « Veille RH/ Fonction RH / DRH » sur Facebook. 
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