Le digital ou l'arbre qui cache la forêt

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Le digital ou l’arbre qui cache la forêt

La foire au numérique est ouverte. Elle laisse peu de place aux préoccupations sociales du moment et culpabilise les entreprises.

Les articles dédiés au digital font florès dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Selon une étude d’Accenture (« Digitalisation des entreprises françaises, où en est-on ? », le journal du net) :
• le nombre de CDO (Chief Digital Officer) a doublé en 2013 et devrait encore doubler cette année ;
• en France, 80% des entreprises se seraient dotées d’un CDO.
Quelques grands groupes ont d’ores et déjà créé la casquette « digital working »  au sein de leur fonction RH, comme par nécessité d'accélérer la modernisation d’une fonction qui serait à la traîne.
Je lisais l’autre jour un article sur LinkedIn intitulé « ces start-up qui bousculent la fonction RH », vu 2814 fois et « aimé » 82 fois (avouez que ça donne envie de se précipiter pour découvrir ce que ces sociétés ont bien pu inventer pour révolutionner une fonction support aussi traditionnelle que complexe).

C'est la course à la technophilie, au plus digital, au plus 2.0.

Dans un article récent (Bougez sur la techno ! paru sur le site RH Info), Thomas Chardin rappelle que 51% des entreprises gèrent leur formation sans système informatisé, que ce chiffre est de 54% pour la gestion de la masse salariale, de 70% pour les entretiens annuels et même de 85% pour le recrutement.
Ces chiffres sont une réponse cinglante à ce tsunami médiatique.

Le besoin technologique élémentaire : gérer et piloter

Les entreprises ont aujourd’hui besoin d'une solution informatique souple, adaptable et bon marché pour répondre à un besoin élémentaire : gérer et piloter. Combien d’entreprises ne sont pas en mesure d’exploiter efficacement leurs entretiens annuels tout en ayant intérêt à le faire. Combien doivent administrer leurs processus d’augmentation de salaires ou de bonus sur un simple tableur Excel, avec les difficultés et les risques inhérents à cet outil. Combien d’entreprises doivent se résoudre à affecter une partie importante de leur effectif RH à gérer des tâches administratives plutôt que d’accompagner leurs talents ou leurs managers ?

Des outils indispensables mais tellement chronophages

Comment en est-on arrivé là ? Peut-être précisément pour la même raison qui conduit aujourd’hui à multiplier les articles, billets ou autres éditos à la gloire de la numérisation. Il y a quelques années, on vantait la dernière solution informatique susceptible de gérer qui de la formation, qui de la paie, qui du temps de travail etc. En fonction de leurs besoins les plus immédiats, les entreprises ont arbitré pour l’une ou l’autre de ces solutions puis pour une seconde, et nombreuses sont celles qui doivent aujourd’hui composer avec des outils, individuellement performants quoique devenus rapidement obsolètes, mais qui sont surtout incapables de communiquer entre eux. Résultat, ce qui devait être source de développement, et qui l’a objectivement été, est dans le même temps devenu aussi chronophage qu’indispensable.
 
Un ERP pour les grandes entreprises

Les plus grandes entreprises, notamment celles qui doivent faire face à la complexité de l’international, ont rapidement opté pour un ERP capable de gérer un maximum de processus de manière uniforme à partir d’une base de données unique. Cette évolution, globalement positive, a parfois été source de régression car la complexité des processus  et les coûts de développement ont pu conduire à abandonner certaines applications bien utiles et l’ergonomie appréciée d’autres outils. Mais globalement, ces entreprises s’en portent mieux.

Trop peu de réflexion globale susceptible de guider les professionnels des ressources humaines

Loin de nous l’idée de refuser l’obstacle technologique. Bien au contraire, imaginer et développer les outils de demain est une formidable ambition, et les projections sont tout simplement fabuleuses. La part croissante des emplois relevant des TIC et de l’audiovisuel est incontestable. Nous mesurons pleinement l’intérêt et le potentiel de ces développements. Une veille sociale s’impose assurément.

Mais comment ne pas se mettre à la place de l’immense majorité des entreprises qui est loin, très loin de ces préoccupations et qui attend depuis très (trop) longtemps une solution informatique globale susceptible de les soulager. Le besoin technologique aujourd’hui de la majorité des entreprises en France est de disposer d’une solution informatique souple, fiable, économiquement abordable et durable.  Si aujourd’hui, on vante telle ou telle innovation spécifique, on trouve trop peu de réflexion globale susceptible de guider les professionnels des ressources humaines dans leurs choix ; on peut le regretter. Notre expérience personnelle nous inciterait à la plus grande prudence au moment de choisir une nouvelle solution technique. Comment ce nouvel outil est-il susceptible de collaborer avec ceux existants ? Quelle est son espérance de vie avant d’être remplacé par une solution plus miraculeuse ? Quelle est la contrepartie réelle pour une valeur ajoutée promise, en termes de coût financier bien-sûr mais aussi et surtout en termes de coût de réorganisation et de temps investi par les équipes ? Et avant tout, en quoi ces outils répondent-ils aux besoins immédiats de l’entreprise ?

Une avalanche qui culpabilise les entreprises

Ce billet, c’est notre réaction à cette avalanche qui emporte tout, qui laisse peu de place aux préoccupations sociales du moment et culpabilise les entreprises et les équipes en place. Comment ne pas s’interroger sur la nécessité de créer la fonction CDO si 80% des entreprises françaises l’a déjà fait ? Oui mais quand on va plus loin dans l’étude évoquée ci-dessus, on apprend que l’étude est en fait une étude internationale qui s’adresse à des entreprises réalisant en moyenne plus de 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Alors oui, on comprend mieux pourquoi ces groupes, équipés d’un ERP mature et disposant de fonctions centrales étoffées, s’intéressent au potentiel de développement de la digitalisation des activités humaines.

Ne pas confondre besoin et désir

On sait depuis Maslow que les besoins sont hiérarchisés. Le besoin de respirer est prioritaire à celui de boire puis à celui de manger : quelques minutes sans respirer suffisent à tuer un être vivant alors qu'il peut vivre plusieurs jours sans boire et plusieurs semaines sans manger. C’est en satisfaisant progressivement ses véritables besoins que l’organisation peut progresser, sûrement pas en succombant à la dernière mode technologique, aussi étonnante et  prometteuse soit-elle.

Cet article a été publié le 22 septembre 2015 sur RH Info.

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