Retrouver le sens de l'humain dans le business

Portrait de Jean-Marc Maechling
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Retrouver le sens de l’humain dans le business.

Est-il raisonnable d’envisager un rééquilibrage entre génération de stress et instillation de bienveillance, entre pression budgétaire de court terme et volonté de coopération dans la durée ? L’entreprise est-elle en situation, dans le contexte actuel de crise, de saisir l’importance de cette question sociale, non par charité, mais parce qu’elle recèle un gisement de valeur insoupçonné.

Il n’est plus besoin de démontrer la supériorité du système d’économie de marché pour créer de la valeur. Le modèle capitaliste, qui va de pair avec les démocraties modernes, a ainsi triomphé de systèmes plus ou moins dirigistes, qui n’ont fait qu’entraver pendant des décennies le développement économique et politique, comme ce fut le cas des pays de l’ex URSS.
Pour autant, cela ne signifie pas qu’il faille laisser faire totalement les agents économiques et de fait, une dose de régulation est souvent nécessaire pour corriger les dérives d’un modèle purement libéral.

Le malaise des cadres 

C’est bien grâce à l’économie de marché que nous avons en France bon nombre d’entreprises qui opèrent à l’international et qui sont notre fierté nationale. Mais nos entreprises savent-elles vraiment quelle est leur vocation profonde au-delà de générer de la rentabilité sur le chiffre d’affaires et de servir des dividendes à leurs actionnaires ? On l’a déjà beaucoup lu ou entendu mais la question mérite d’être posée à nouveau dans ces termes : quelle est la place de l’humain dans les entreprises aujourd’hui ? Pourquoi, lorsque l’on interroge notamment les cadres supérieurs, ceux-ci font état du malaise permanent qu’ils ressentent dans leur milieu de travail ? Ce malaise conduit d’ailleurs très souvent au silence des cadres comme le note fort justement Denis Monneuse dans son livre intitulé « le malaise des cadres ».  Si on prend les ouvriers et les employés, le constat est le même. Il y a comme une sorte de désengagement vis-à-vis des entreprises qui dans la période de crise que nous traversons actuellement n’augure rien de bon.

Les CEO sont des artistes

Les dirigeants d’entreprises, que l’on appelle communément les CEO, subissent à leur niveau des pressions considérables et sont en permanence sur la sellette, prêts à être débarqués sans autre sommation par leur conseil d’administration. Chaque jour, ils doivent gérer des dossiers lourds et prendre des décisions qui engagent l’avenir de leur entreprise. Chaque jour, ils doivent tenter de rompre avec la solitude qui les entoure en communiquant avec les clients, les fournisseurs, les salariés et leurs représentants, sans oublier bien entendu leur première ligne de management. De fait, la conduite des affaires devient alors tout un art où la maîtrise de soi et la capacité à prendre du recul par rapport aux événements sont de toute première importance. 

La chasse aux sorcières

Quoiqu’il en soit, on constate aujourd’hui de plus en plus  une montée des tensions dans nos entreprises. Cette détérioration du climat est souvent le fruit de résultats financiers qui ne sont pas à la hauteur des engagements budgétaires et c’est très souvent que débute un exercice classique qui consiste à rechercher les coupables, puisqu’il faut bien en dernier ressort montrer qu’on a pris des décisions tranchées en guise d’action corrective, sans d’ailleurs que la situation s’améliore forcément par la suite sur le terrain des résultats. Certes, les entreprises ne sont pas des lieux de villégiature. La compétition mondiale est plus que jamais présente, exerçant une pression considérable sur les marges. Mais cette nouvelle donne économique qu’on appelle mondialisation et qui est là depuis plusieurs décennies doit-elle nécessairement conduire à accroître le niveau de stress dans les collectifs de travail ? Peut-on encore se satisfaire de situations qui ont conduit certains salariés jusqu’au suicide pour échapper à des pressions inextricables de leur hiérarchie ? Combien d’entre nous n’osent pas s’avouer à eux-mêmes qu’ils ont déjà fréquenté l’antichambre du burn-out ? Autant de questions qui ont déjà fait l’objet de mesures appropriées sous le label des « risques psycho-sociaux » pour améliorer le bien-être au travail. Mais au-delà des chartes d’entreprises, des textes réglementaires, des commissions ad hoc, c’est au plus haut niveau de l’entreprise que l’on attend une réelle prise de conscience afin d’introduire une dose de bienveillance dans les comportements managériaux.

La bienveillance, qualité du manager moderne ?

La bienveillance, c’est comme un pré-requis pour permettre à chacun d’exprimer librement une opinion, un avis sans craindre de faire l’objet des foudres de sa hiérarchie plus ou moins en proie à l’instabilité émotionnelle, qui procède parfois par attaque personnelle, comme une sorte de défouloir de tensions internes trop longtemps contenues. « Garder son calme » comme on dit communément n’est pas la qualité la mieux partagée dans l’entreprise. Et pourtant, ils sont de plus en plus nombreux ceux qui partagent la conviction profonde qu’en étant bienveillant, on tire les salariés vers le haut en leur offrant la possibilité d’exprimer leur intelligence, leur créativité, leur envie d’entreprendre et de se dépasser. Il est clair que la bienveillance n’exclut nullement l’autorité qui est tout aussi nécessaire au bon fonctionnement de l’entreprise. Car il n’y a rien de pire qu’un chef qui ne décide pas ou qui hésite. C’est tout l’art du management dont il est question ici et qui doit être au cœur de la préoccupation des dirigeants modernes.

“Le mal est une nécessité favorable à l'équilibre du bien.” Dominique Blondeau / Les errantes

Peut-on espérer une sorte de rééquilibrage dans les attitudes de nos « top managers » entre création délibérée de stress et bienveillance ou tout ceci ressort-il d’une vision irénique qui n’a plus voie au chapitre dans le contexte de crise actuel ? Tout dépendra de la capacité à sacrifier partiellement les intérêts liés à un horizon budgétaire court terme au profit d’une vision davantage tournée vers la coopération, qui suppose que les acteurs construisent ensemble dans un climat de sérénité. Un changement d’ordre culturel, qui touche au cœur même de l’organisation des entreprises doit être conduit en lien avec les conseils d’administration bien sûr et dans une approche où l’actionnaire n’est plus le seul juge de paix. 

A propos de l'auteur
Diplômé de Sciences Po Paris, Jean Marc MAECHLING a travaillé pendant près de 20 ans dans l’industrie automobile (PSA, Valeo, Faurecia) à des postes de DRH sur des périmètres internationaux. Il a également été DRH dans un groupe américain (Stanley) spécialisé dans la production et la distribution d’outillages à main avant de prendre son poste actuel de DRH chez SOGEFI. Il a accompagné un certain nombre de transformations d’entreprise aux côtés de dirigeants dans des environnements contraints et avec le souci permanent de placer l’humain au centre des enjeux.

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Commentaires

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Le titre résume tout ! Je partage totalement cette vision des choses car la question que pose le cas Smart qui défraie la chronique est à mon sens : quelle est la raison d'être d'une entreprise ? Doit-elle produire et vendre à tout prix ? Quitte à hypothéquer l'avenir des salariés et celui de l'entreprise, et écorner l'image de la marque (voir même celle du pays) ? Alors oui, plus de bienveillance à tous les niveaux ! La bienveillance est la disposition d'une volonté qui vise le bien et le bonheur de chacun. Une entreprise doit faire de l'argent mais pas à n'importe quel prix...
Portrait de jm fonteyne

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Merci Cindy pour votre commentaire. Je transmettrai vos encouragements à Jean-Marc Maechling. Bien cordialement

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