Zlatan, on t'aime mais ça suffit !

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Zlatan, on t'aime mais ça suffit !

Lorsque Zlatan Ibrahimovic (footballeur star du PSG - Paris-Saint-Germain) déclare en conférence de presse le 8 mars 2016 que selon lui "le PSG est né le jour où les qataris l’ont racheté", il balaie d’un revers de main une histoire vieille de plus d’un siècle et insulte la mémoire des joueurs exceptionnels qui ont évolué pour ce club. Il minimise les prestigieux trophées qui ornent ses vitrines, trompe les nouveaux supporters et méprise les anciens qui gardent à fleur de peau des émotions sportives qu’ils conservent comme des souvenirs de vie.

Au-delà du comportement infantile de Zlatan I. qui va agiter quelque temps certains consultants et journalistes sportifs, cet épisode rejoindra rapidement le « pays de merde » que le même Zlatan I. avait lâché la saison dernière en parlant de la France. Oublié, où pire, élevé au rang des incongruités exceptionnelles que seul un joueur de « la trempe » de Zlatan I. peut se permettre !

Chaque entreprise, chaque organisation, chaque collectivité apporte tellement plus que la simple fourniture de produits ou de services. En développant nos infrastructures (bâtiments, routes, ponts etc.), une entreprise de construction conçoit notre cadre de vie et conditionne notre relation avec les paysages. Le cinéma de quartier qui projette les dernières productions contribue à véhiculer la culture au travers des générations, à nous faire réfléchir, à nous faire rire ou à nous rendre heureux. Derrière l’enseignement du français ou des mathématiques, telle école permet à ses élèves de comprendre le monde dans lequel ils entrent et leur donne une chance de s’y intégrer.

Le club de foot a lui aussi une mission fondamentale : faire rêver, rendre fiers, créer du bonheur pour ses supporters. Le slogan du PSG ne s’y trompe d’ailleurs pas :

« Rêvons plus grand ! ».

Minimiser l’histoire du club et les réalisations de ses prédécesseurs, proposer une nouvelle interprétation de cette histoire en se fondant sur des informations récentes (l’arrivée récente des Qataris et le niveau de leur investissement financier) comme le fait Zlatan I., c’est pratiquer le révisionnisme, c’est agir au détriment du patrimoine historique immatériel de son employeur, partie intégrante du capital acquis par le nouvel actionnaire.

Nous sommes curieux de savoir quelle sera la réaction du club. Elle seule témoignera du respect qu’elle porte réellement à son héritage, à son investissement, mais aussi à ses supporters et à tous les parisiens puisque le club est censé représenter cette ville vieille comme la France.

Sanctionner Zlatan I. et jouer ce soir le match retour qualificatif pour les 8èmes de finale de la Ligue des champions sans lui, est-ce envisageable pour le club ?

On peut en douter tant les différents dérapages intervenus dans ce club depuis quelques années ont été minimisés dans le seul souci de préserver les chances d’atteindre l’objectif affiché par le club : gagner cette compétition européenne majeure que constitue la Ligue des Champions. En agissant ainsi, ses dirigeants affirment haut et fort que ce trophée est plus grand que l’institution du club, plus important que la conservation de leur patrimoine, plus stratégique même que l’histoire qu’ils racontent à leurs spectateurs; qu’il vaut toutes les insultes, toutes les atteintes à son image et à sa mission.

Une épreuve de vérité !

Cet épisode est à l’image de ce que vivent certaines entreprises avec certains de leurs collaborateurs dont le profil est tellement rare, indispensable et économiquement profitable qu’elles se croient obligées de supporter leurs fantaisies, leurs exigences et/ou leurs excès. En général, ce n’est que lorsque les inconvénients induits par leur attitude deviennent aux yeux des dirigeants plus préjudiciables à l’organisation que les avantages objectifs générés par leur maintien dans l’entreprise qu’ils trouvent enfin la force d’en tirer les conséquences et de s’en séparer.

Parfois, ceci est réalisé si tardivement que les conséquences sont dévastatrices pour l’organisation. C’est le cas lorsque les salariés et toutes les parties prenantes prennent conscience que la profitabilité de l’entreprise (son objectif stratégique, son objectif sportif) est plus importante que les règles internes ou les valeurs morales qu’elle véhicule. Qu’oublier l’histoire est un prix acceptable, que dire n’importe quoi ou cracher sur le passé n’est pas très grave ; alors ils intègrent de nouveaux comportements et laissent émerger des valeurs nouvelles et des comportements parfois originaux qu’il sera bien difficile de leur reprocher à posteriori.

Dans la vie d’une entreprise, il existe des épreuves de vérité ultime que ses dirigeants doivent passer avec succès, des occasions uniques de montrer leurs convictions profondes et leur foi en leurs discours.

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